Mise en place du dispositif de lutte contre le dopage en Polynésie française


Intervention du ministre en charge des sports  M.Tauhiti Néna
(transcription récupérée sur la page Facebook du magazine Va'a News Tahiti.)

Depuis 2010, la Polynésie française s’est engagée dans une refonte de ses textes réglementaires en matière de lutte contre le dopage, afin de se conformer au cadre international défini par l’agence mondiale antidopage.
Cette procédure est longue car elle met en jeux des compétences de l’Etat en matière de recherche des infractions et sanctions pénales notamment pour la détention et le trafic de produits dopants. Néanmoins, nous avons enfin validé avec le ministère de l’Outre mer, une version définitive des deux projets de lois du pays et d’ici quelques petites semaines, un décret sera pris par le ministère de l’Outre mer d’approbation de nos textes. Je demanderais alors au président de la Polynésie française de bien vouloir soumettre ensuite ces deux projets de lois du pays au vote des élus de l’Assemblée. J’espère que d’ici la fin de l’année, nous pourrons disposer enfin de ce cadre réglementaire.

Parallèlement à cette procédure réglementaire, avec le soutien du monde sportif représenté par son comité olympique et par l’association de Tahiti Nui pacific Games (TNPG), en charge de promouvoir la candidature de Tahiti à l’organisation des jeux du pacifique de 2019, j’ai pris acte des quelques problèmes liés au dopage qui ont affectés la délégation de la Polynésie lors des derniers jeux du Pacifique de 2011 en Nouvelle Calédonie. Aussi, j’ai souhaité que nous travaillons à la mise en œuvre concrète des opérations de contrôles, dès 2012.

Dans cette perspective, j’ai signé deux conventions de partenariat.

La première convention passée avec l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD),  signée le 17 juillet dernier, fait suite à ma rencontre avec le président Bruno Genevois, de l’AFLD, au mois de mars 2012.
Cette convention prévoit deux points importants dans la mise en œuvre de nos contrôles antidopage. L’AFLD avec son laboratoire d’analyses mondialement reconnu procèdera aux analyses des prélèvements biologiques réalisés sur les sportifs contrôlés lors de leurs entraînements ou compétitions en Polynésie française. L’analyse veillera donc à identifier dans le prélèvement biologique la présence de différents type de produits (anabolisants, hormones de croissance, produits masquants comme les diurétiques, les narcotiques…). De même, l’AFLD nous accompagne dans la formation de nos équipes de contrôles.

La seconde convention, signée le 26 juillet 2012, avec l’Institut Louis Mallardé nous permet de disposer d’une équipe d’agents préleveurs et aussi d’une assistance logistique en ce qui concerne l’acquisition du matériel de prélèvement et l’envoi des échantillons biologiques des sportifs du lieu du contrôle jusqu’au laboratoire de Châtenay Malabry, dans le respect des conditions de préservation.
Nous avons également le soutien de la direction de la santé qui nous permet d’étoffer nos futures équipes de préleveurs. Le recrutement est en cours et nous comptons un peu plus d’une dizaines de personnels de santé volontaires.
Ces agents préleveurs sont tous médecins ou infirmier(e)s ou enfin techniciens de laboratoires, disposant du certificat de capacité aux prélèvements.

Dans un mois, et plus précisément entre le 29 octobre et le 9 novembre, se déroulera la formation de l’ensemble des agents qui interviendront dans les contrôles antidopage. Cette formation sera assurée par le formateur de l’AFLD le docteur Olivier Grondin et par la directrice de l’Organisation océanienne de lutte contre le dopage (ORADO) Mme Natanya Potoi-Ulia. Cette formation est organisée principalement pour les préleveurs.
Notre objectif commun avec le monde sportif, à travers cette formation, est que nos préleveurs soient aussi reconnus par l’ORADO, qui est l’instance en charge par l’AMA de la politique antidopage en Océanie, afin de permettre à nos préleveurs de pratiquer les contrôles antidopage aussi bien dans le cadre des championnats de polynésie que lors des compétitions régionales comme les océanias ou les jeux du pacifique.

Outre les préleveurs, plusieurs autres catégories de personnes seront aussi formées durant cette période, qui toutes jouent un rôle dans le déroulement des contrôles.
- les agents administratifs de contrôles, qui sont chargés de la logistique du contrôle et de la coordination des équipes de contrôles (chaperons et délégué),
- les chaperons, placés sous l’autorité du préleveur, ils interviennent au moment de la notification du contrôle, et accompagne le sportif jusqu’à ce qu’il ait satisfait aux obligations du contrôle. Sa présence n’est pas obligatoire mais elle facilite le bon déroulement du contrôle.
- Le délégué fédéral, qui joue un rôle essentiel dans toutes les étapes de la procédure, comme la préparation du local du contrôle, les modalités du contrôles (tirage au sort), la notification du contrôle et notamment l’identification du sportif contrôlé, il assiste le préleveur jusqu’à la fin des contrôles pour que tout se passe au mieux.

Enfin, nous prévoyons également une information à destination des médecins qui interviennent auprès des sportifs pour les informer du dispositif de lutte contre le dopage et aussi sur les procédures à suivre pour les sportifs qui suivent des traitements à des fins thérapeutiques, dont les produits pourraient être considérés comme dopants, ce qui nécessitent donc une autorisation avant de participer à des compétitions.

Cette formation est en partie théorique et en partie pratique, c’est à dire que les préleveurs sont tenus aussi de procéder réellement à des contrôles. Il sera donc procéder à 30 contrôles antidopage en 2012, 10 auront lieu dans le cadre de l’entraînement de sportifs et 20 en compétition.

Les deux compétitions choisies pour accueillir ces contrôles sont le semi marathon international Tahiti nui, le samedi 3 novembre et la compétition internationale de l’Hawaiki nui Vaa, qui se déroule du 7 au 9 novembre 2012.

Je tiens tout de suite à éviter toutes tensions inutiles auprès des sportifs et des organisateurs, entièrement tournés vers leur compétition et entraînements. Nous sommes en effet dans une phase de mise en place du dispositif, nous recherchons essentiellement à tester notre organisation et à valider la formation de nos préleveurs. A ce stade, il ne peut y avoir de sanctions prononcées à l’encontre d’un athlète qui pourrait être déclaré positif.

Nous avons besoin de la collaboration de tous les acteurs du sport. Le choix de ces deux compétitions résulte du fait que dans le calendrier de la formation, ce sont les deux compétitions majeures qui se déroulent au même moment, et que pour nous tester, il faut et c’est un risque que j’assume, le faire dans les compétitions les plus importantes. J’aurai pu choisir des compétitions mineures mais nous n’aurions pas pu réellement savoir ce que vaut l’organisation que nous mettons en place.
Si nous arrivons lors de ces deux compétitions importantes et avec l’aide des organisateurs, des entraîneurs et des sportifs, à faire que les contrôles se déroulent de la meilleure des façons alors nous serons sur la bonne voie.
J’invite ainsi tout le monde et en particulier les sportifs qui pourraient être désignés pour se soumettre au contrôle antidopage à jouer le jeu et à ne pas s’opposer. Il participe ainsi à nous aider directement dans la mise en œuvre de cette procédure de contrôle qui est très complexe, pour que demain les compétitions puissent se dérouler avec un risque réduit de tricherie.

Il faut donc bien comprendre que nous sommes dans une étape intermédiaire, de mise en place de l’organisation et des équipes de lutte contre le dopage. Cette étape sera encore prolongée sur d’autres compétitions dans le premier semestre 2013 où nous prévoyons encore de réaliser 50 contrôles, pour lesquels le but restera encore de se tester dans la mise en œuvre des contrôles, d’éliminer au fur et à mesure les erreurs que nous pourrions commettre et de valider chacune des étapes de réalisation des contrôles.

De même les préleveurs qui sont formés au mois d’octobre et de novembre doivent ensuite faire l’objet d’une procédure d’agrément du président de la Polynésie française et d’assermentation auprès du tribunal de première instance, avant que leurs contrôles puissent donner lieu à des sanctions administratives. Il faudra donc encore de longs mois avant que le dispositif de lutte contre le dopage en Polynésie soit complètement rodé et au point.
Le docteur Dacquin, médecin du service de la jeunesse et des sports pilote la mise en place de cette formation. Il est actuellement en France en formation au sein de l’AFLD et il veillera à mettre en place ici l’ensemble des aspects qui permettent de réaliser le plus efficacement possible les contrôles antidopage.

Je vous inviterai bien sûr à nouveau lors de la formation pour rencontrer nos formateurs et nos préleveurs et suivre si vous le souhaitez le déroulement d’un contrôle. L’année 2012 doit ainsi constituer une avancée notable de la politique de lutte contre le dopage que moi et le mouvement sportif souhaitons voir à l’œuvre sur notre territoire.